• DIAPORAMAS RELIGIEUX

     

    DIAPORAMAS RELIGIEUX

     

    Une bien belle histoire transmise par mon amie Christine du QUEBEC

    (merci Christine)

     

    LE FERMIER QUI SE CROYAIT DIEU...



    « En ce temps-là,  habitait sur terre.

     

    Un drôle de bonhomme,
    un fermier, arriva et dit à Dieu:

     

    "Écoute, mon vieux,
    tu as peut-être créé l'univers,
    mais tu n'es pas fermier.
    Je vais t'apprendre un peu."

     

    - "Dis-moi !", fit Dieu, (tout en souriant discrètement dans sa barbe).

     

    - "Donne-moi un an, dit le fermier, et fais comme je te dis.
    Tu vas voir: finie la pauvreté!"

     

    Pendant un an, Dieu accorda au fermier tout ce qu'il voulait.
    Plus de tempête, plus de foudre, plus aucun danger pour le bétail.
    C'était le grand confort.
    Le blé poussait dru.
    Si le fermier voulait du soleil, il faisait soleil;
    s'il voulait de la pluie, il pleuvait autant qu'il voulait.

     

    Cette année-là, tout arriva à point.

     


    Le blé poussait tellement haut que le fermier alla trouver Dieu et lui dit:

     


    - "Regarde mon vieux. Encore dix ans comme ça
    et il y en aura assez pour nourrir tout le monde
    sans que personne ne travaille!"

     

    Mais lorsqu'on fit la récolte,
    il n'y avait rien à l'intérieur des grains de blé.
    Des cosses vides.
    De l'air.
    Le blé, qui avait poussé si haut, ne contenait rien.
    Surpris, le fermier demanda à Dieu ce qui s'était passé.

     

    - "Parce qu'il n'y avait ni défi, ni conflit, ni friction,
    parce que tu as évité tout ce qui était mauvais,
    le blé n'a pas pris de force.
    Il faut toujours se battre un peu.
    Il faut la nuit entre les jours.

     

    La tempête,
    la foudre,
    le tonnerre,
    il en faut.
    Ils secouent l'âme du blé". »

     


    AUTEUR INCONNU

     

    DIAPORAMAS RELIGIEUX

      

      

    Merci à mon amie Francine du QUEBEC qui me transmet la plupart de ces magnifiques diaporamas.  Aussi à Christine (Harfan de la nuit) et  Yves du  QUEBEC.

    Merci à mes autres amis ( Christian, Dominique, Suzette, Lydia et Norbert, Yvon, Roland,Richard,qui me transmettent, aussi, des diaporamas qui peuvent apparaître dans cette liste.

     

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  • J’aime ce temps du Carême qui commence avec le mercredi des cendres

    et j’ai un faible pour la formule ancienne : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu reviendras à la poussière ».

    Poussière de terre : Le Seigneur sait bien de quelle pâte nous sommes faits, il se souvient que nous sommes poussière. L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe ; il fleurit comme la fleur des champs : que le vent passe, elle n’est plus, et la place où elle était l’a oubliée. (Ps 103, 14-16)

    Poussière d’étoile aussi : Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as fixées, qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? Tu en as presque fait un dieu, Tu le couronnes de gloire et d’éclat ; Tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ; Tu as tout mis sous ses pieds... (Ps 8,4-7)

    Se souvenir que nous sommes terrestres, terriens, terreux... tissés de matière et d’esprit, solidaires de l’univers, inscrits par notre histoire dans l’immense mouvement des mondes. La poussière et la boue, la lumière et l’Esprit. Pierre de Bérulle disait de l’homme : « C’est un ange, c’est un animal ; c’est un néant, c’est un miracle ; c’est un centre, c’est un monde, c’est un Dieu. C’est un néant environné de Dieu, indigent de Dieu, capable de Dieu et rempli de Dieu s’il veut. »

    J’aime le temps du Carême. C’est celui de l’allègement, de la liberté retrouvée par la pauvreté. Un temps de rupture avec ces habitudes qui effacent toute aspérité, qui nous envahissent comme le lierre étouffe les arbres, comme le lichen ronge les tuiles. Les mauvaises habitudes, bien sûr, mais peut-être aussi les « bonnes », les « pieuses »... « Je retombe en ce bas monde dont le poids m’accable, dit saint Augustin, je redeviens la proie de mes habitudes, elles me tiennent et, malgré mes larmes, elles ne me lâchent pas. Tant est lourd le fardeau de l’accoutumance ! Je ne veux pas être où je puis et je ne puis être où je veux : misère de part et d’autre. »Et Charles Péguy : « La mort pour ainsi dire essentielle de l’être est obtenue, est atteinte quand l’être atteint la limite de son habitude, la limite de sa mémoire... Du bois mort c’est du bois extrêmement habitué. Et une âme morte, c’est aussi une âme extrêmement habituée... Une âme morte est une âme toute entière envahie de tout fait-. »

    J’aime le temps du Carême. C’est le temps de ce ressaisissement dont la condition est le dessaisissement. Un temps révolutionnaire dans notre société vouée au culte du « moi ». Se dessaisir des choses, sans doute, mais surtout du souci de soi afin de se ressaisir en se recevant du regard d’un autre, de la vie d’un autre. De Celui qui rend la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la parole à ceux qui en sont privés, la vie aux morts. Aux temps bibliques - heureuse époque pour les tailleurs et les couturières ! - on déchirait ses vêtements pour entrer dans le deuil ou la pénitence... (cf. 1 R 21, 27 ; Is 37, 1). Image d’une rupture intérieure car c’est Dieu qui déchire l’enveloppe de nos cœurs (Os 13, 8) pour que l’homme, comme un papillon, sorte de la chrysalide et prenne son envol, devienne un homme nouveau.

    J’aime le temps du Carême car c’est celui du retour à l’essentiel : celui de l’inscription de la foi dans l’histoire car l’essentiel de la « pratique religieuse » tient tout entier en ces mots du prophète Michée : On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et d’être vigilant dans ta marche avec Dieu. (Mi 6, 8) On n’a pas besoin pour cela d’arborer des « signes » afin d’être vus des hommes (Mt 6, 1-8). Depuis Isaïe nous savons que le jeûne qui plaît à Dieu c’est partager son pain avec l’affamé, héberger les sans-abri, vêtir celui qui est nu, bref, ne pas se dérober devant celui qui est notre propre chair (Is 58, 3-11). Et je pense à toutes celles et tous ceux qui sont assaillis par la maladie, la misère et la souffrance et pour qui ce temps de carême doit être celui du renouvèlement de notre fraternité envers eux. Toutes choses qui sont reprises dans l’évangile de Matthieu (Mt 25, 31-45) ou dans l’épitre de Jacques qui demande aux chrétiens d’être des « poètes de la Parole », ceux qui lui donnent chair.

    J’aime le temps du Carême. Le temps du voyage avec Jésus. Tous les textes de l’Écriture qui nous sont proposés sont traversés par une seule question, posée par les contemporains juifs de Jésus, comme par la première communauté chrétienne accueillant des Grecs en son sein : qui est-il ? Qui est-il pour nous, qui est-il pour Dieu ? Seule et unique question pour tous les hommes de tous les temps... Car de la réponse que nous lui donnons dépendent, dit l’Écriture, notre vie ou notre mort. Promptitude des disciples à accompagner le Christ dans sa dernière montée à Jérusalem. Comme Pierre je dis : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller même en prison, même à la mort ». (Le 22, 23) Et pourtant je connais la suite et je sais qu’une fois de plus il me faudra porter la misère de mes enthousiasmes trop faciles et de mes faillites.

    J’aime le temps du Carême, c’est celui de l’Oiseau de feu, du Phénix qui va renaitre de ses cendres, un temps qui prépare à la mort et à la Résurrection.

    Jean-Marie PLOUX, Prêtre de la Mission de France

    « Quarante et quelques pas au désert »

    Editions MédiasPaul, Décembre 2012

    Pages 7-10

     

    www.chautard.info

      

     

    JOYEUSES FETES DE PAQUES

    Le mot : « Pâque », en hébreu, veut dire « passage ».

     

    C’est la mémoire de cette nuit où le Peuple de Dieu décidé à sortir de l’esclavage d’Egypte, s’est trouvé coincé par la Mer Rouge. Le peuple s’est trouvé pris au piège entre la cavalerie des armées d’Egypte qui le poursuivait et la Mer Rouge qui lui barrait la route. C’est cette nuit là que sur l’ordre de Dieu, la Mer Rouge, s’est écartée en deux devant le Peuple de Dieu lui ouvrant ainsi le passage. Ce qui était un obstacle est devenu un chemin. Ce qui bouchait la route est devenu la route elle-même. Passage pour franchir la Mer Rouge d’une rive à l’autre. Passage pour traverser la nuit jusqu’au jour. Passage pour franchir l’accès à la Liberté.

     

    Si la Pâque est un passage, cela veut déjà dire qu’il existe toujours au moins un passage.

     

    Nous avons si souvent l’impression que nous vivons dans des impasses. Que nous sommes coincés, emprisonnés, enfermés dans des problèmes sans issues. La Pâque est là, toujours en avant de nous pour nous ouvrir des passages, ouvrir des chemins là où nos yeux ne voient que des murs qui se dressent et qui barrent la route.

     

    Par ailleurs s’il existe toujours un passage c’est que nous serons toujours des gens de passage. La Pâque a toujours été une affaire de nomades, une affaire de migrants et de pèlerins. Si la Pâque ouvre des passages c’est que nous sommes tous appelés à être des passants, à le devenir et à le rester toujours.

     

    Dans la Pâque personne n’est jamais « arrivé », tout le monde est tous les jours en route. Nous serons toujours « les passagers » de la Pâque. On ne peut jamais s’installer dans la Pâque. On est toujours en route et en chemin. C’est pourquoi le Croyant vit en marchant, en campant, en route, en chemin. La Foi conduit à Pâque parce qu’elle se vit toujours dans le provisoire. Être Croyant c’est un appel, c’est une vocation à ouvrir des passages, à découvrir des nouveaux chemins, à tracer, à dégager, à baliser des nouveaux sentiers.

     

    « La Pâque », le passage, cela veut donc dire aussi un chemin, un sentier ou une autoroute, mais toujours une issue. Si la Pâque est un chemin ouvert, un chemin grand ouvert, c’est Jésus lui-même dans l’évangile qui nous dit que c’est lui le chemin, le passage de la Pâque, ce n’est pas une chose, ce n’est pas une réponse toute faite, ce n’est pas une vérité dans les livres, c’est toujours Quelqu’un, c’est toujours une Personne, le passage c’est toujours Dieu lui-même. Dieu n’est jamais un monument, une basilique, une statue ou une cathédrale, Dieu c’est toujours un chemin, un passage, une ouverture. Dieu n’enferme jamais, il n’emprisonne jamais. Dieu n’est jamais un savoir mais toujours Quelqu’un. Dieu ne cherche pas à nous « avoir », à nous « posséder », à nous compter dans ses clients ou sans sa clientèle, Dieu ne cesse de nous appeler : « lève-toi et marche… » Dieu n’est pas un chemin obligatoire, Dieu n’est pas un sens obligatoire comme une loi, Dieu ouvre un passage et ce passage est celui de la liberté parce que cette Pâque est celle d’Amour.

     

    …. La Pâque c’est la Parole de Dieu même qui appelle chaque personne à s’humaniser parce que c’est l’humain qui est la seule image et la ressemblance de Dieu.

    La Pâque de Dieu c’est l’Homme. 

    Le Croyant c’est le jardinier de Dieu.

    Denis Chautard

    D’après Jean Debruynne

    www.chautard.info 

     

     

     

     

    lien source :http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?article2315

    CARDINAL JEAN-MARIE LUSTIGER

    La Passion du Christ à travers l’histoire

    SOURCE : « LA PROMESSE », PAROLE ET SILENCE, 2002, PP. 71- 81

    lundi 7 janvier 2008, par Blaise

     

     

    Ce que je propose d’aborder ici ne peut être accueilli que face au Crucifié, face au Ressuscité montrant ses plaies. On ne peut le comprendre que dans l’intime de la vocation chrétienne. Ce sont des propos que Dieu inspire dans la prière qui contemple le Christ. Il s’agit de ce que l’Esprit peut dire à l’Eglise quand elle-même écoute et reçoit sa vocation propre. Et ce sont, par conséquent, les choses les plus difficiles à entendre, dans la mesure où elles sont la révélation d’une mission et la révélation d’un péché. C’est une ouverture sur ce que les chrétiens appellent « le mystère d’Israël ».

    Je reprends trois points du chapitre 2 de saint Matthieu à partir de trois protagonistes : les enfants de Bethléem, Hérode et enfin le Christ.

    Je laisse de côté les mages, car les mages sont justement ceux pour le bénéfice desquels tout s’opère. C’est donc une réflexion interne que je voudrais partager : ainsi, l’omission délibérée des mages prend son sens et éclaire ce point de vue.

    Les enfants de Bethléem : souffrance d’Israël

    Nous devons croire –sinon Dieu lui-même paraîtrait incohérent par rapport à sa promesse –que toute la souffrance d’Israël persécuté par les païens en raison de son Election fait partie de la souffrance du Messie, de même que le massacre des enfants de Bethléem fait partie de la Passion du Christ.

    Si une théologie chrétienne ne peut pas inscrire dans sa vision de la rédemption, du mystère de la Croix, qu’Auschwitz aussi fait partie de la souffrance du Christ, alors on est en pleine absurdité. Car la persécution des élus de Dieu n’est pas un crime semblable à tous les crimes que sont capables de commettre les hommes : il s’agit de crimes directement liés à l’Election et, donc, à la condition juive. Il faut aller jusque là dans la compréhension de ces événements.

    C’est en raison même de la « mise à part » d’Israël que les païens le persécutent, quelles que soient les modalités pratiques et historiques qui en ont découlé et quelles que soient les conséquences pratiques, sociales, culturelles qui ont pu provoquer ou expliquer pareille attitude.

    Ce que je viens de dire ne peut être dit, ne peut être pensé, que par des disciples du Christ dans leur prière face au Crucifié. Cela n’a de sens que pour les disciples de Jésus crucifié, lesquels, eux-mêmes, acceptent de prendre part à sa Passion. Ces paroles font partie du secret du Christ qui n’est confié qu’aux disciples. Et quand ce secret est exposé aux yeux du monde, il provoque la dérision, l’insulte, le crachat. Il est bafoué. Ce secret –car c’en est un –ne peut être porté que dans la compassion avec le Christ. Ce secret ne peut être reconnu que dans la foi, car il met en jeu l’idée même que l’on se fait de Dieu. C’est pousser à son comble le scandale de la Passion. C’est évoquer de façon scandaleuse et provocante la méditation du Psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est acculer le disciple du Christ à écouter le silence du Père et à le partager avec le Fils. C’est acculer le disciple du Christ à recevoir dans ses bras le corps mort du Christ. Par conséquent, c’est être plongé dans le scandale de la foi, dans ce trébuchement de la foi où la fidélité même est éprouvée et n’a pour seul recours que la fidélité du Christ, où la seule manière de vivre un tel moment est de s’en remettre au Christ. Lui seul peut supporter sa Passion dans la fidélité. Lui seul, parce qu’il est le Fils et qu’il entre volontairement dans ce chemin d’obéissance, peut ouvrir par sa Passion et son obéissance le sens du scandale de Job et attester que le Père est véritablement amour et fidélité.

    Pouvoir reconnaître pareille chose, c’est non seulement un secret mais une grâce. C’est la grâce même de la foi et de la fidélité chrétienne. Elle ne peut être reçue que dans la prière de ceux qui croient au Christ, Messie souffrant et caché.

    Même pour Israël, sa propre souffrance est une énigme. Le chrétien ne peut pas la lui expliquer ; il ne peut que faire comme le Christ qui entre dans le silence de sa Passion. Le Christ n’explique pas sa Passion ; il l’annonce et il y entre en se taisant. La seule manière par laquelle il invite ses disciples à la comprendre, c’est de le suivre. Et la seule manière dont les disciples répondent à cet appel, c’est de le fuir. Leur infidélité est mesurée par la Passion du Christ. Aucun n’a la force de suivre le Christ en sa Passion, pas même ceux qu’il a invités à le faire. Les disciples ne peuvent suivre le Christ en sa Passion qu’au prix du pardon –le pardon donné à Pierre et la grâce donnée par le Ressuscité qui montre ses plaies et donne l’Esprit Saint.

    Pour Israël, sa propre souffrance n’est qu’un scandale qui l’amène ou à trébucher dans la foi ou à s’en remettre plus obscurément encore et de façon plus incompréhensible à la fidélité de Dieu. Comment, au terme de l’histoire, Dieu reconnaîtra-t-il en son Christ tous ceux qui lui ont été donnés ? C’est le mystère insondable de sa Miséricorde.

    Le point de vue d’Hérode : le péché des païens

    Le massacre et la persécution d’Israël par les païens –il faudrait aller jusqu’à dire par les pagano-chrétiens –sont le test de leur mensonge ou de leur prétendue adoration du Christ.

    Hérode dit aux scribes : « Donnez-moi toutes les indications pour que moi aussi j’aille l’adorer. » (Mt 2,8) Il prétend donc vouloir reconnaître le Messie. Mais en réalité, il fait massacrer les enfants de Bethléem. Il démasque ainsi qui il est : un menteur. Sa prétendue adoration du Messie est un mensonge. Le massacre des enfants de Bethléem est la vérité du mensonge d’Hérode. Et de même, on peut dire que l’attitude concrète des pagano-chrétiens à l’égard du peuple d’Israël est le symptôme de leur infidélité réelle au Christ ou de leur mensonge dans leur pseudo-fidélité au Christ. C’est l’aveu involontaire de leur paganisme et de leur péché.

    En l’occurrence, il s’agit bien d’un péché très particulier, d’un péché qui touche à Dieu. Il ne s’agit pas là seulement de l’horreur dont l’espèce humaine est coutumière, elle qui n’hésite pas à tuer, à massacrer, à se conduire de façon indigne de Dieu et des hommes. Dans ce domaine aucun peuple n’a le privilège du mal. On ne sait pas, à travers l’histoire, à qui donner la palme.

    Il ne s’agit pas simplement ici, dans une version propre aux pays d’Occident, ou à Israël, ou à un petit coin de l’humanité, de ce qui est monnaie courante dans l’histoire des hommes. L’histoire des persécutions contre Israël a ceci de particulier qu’elle ne relève pas des crimes dont les hommes se rendent communément coupables et dont on ne sait jamais quel peuple pourra y échapper, tant il est vrai que des peuples jusqu’alors pacifiques peuvent se transformer en bourreaux. Il s’agit ici de désigner la victime absolue.

    Si l’on a osé parler de déicide à propos d’Israël et du Christ, il faudrait parler de déicide à propos des peuples dits chrétiens d’Occident et du sort qu’ils ont réservé au peuple juif. Car, dans ce cas, ce qui s’applique à l’un s’applique aussi à l’autre : refus du Christ tel qu’il se donne, haine de l’Election telle que Dieu la donne. C’est le test du mensonge dans la fidélité à l’égard de Dieu. C’est donc le péché.

    Il faudrait entrer plus avant dans la raison de ce mécanisme. Le dévoilement de la profondeur de ce péché, là aussi, ne peut être supporté que dans la prière et n’est reçu comme une grâce que dans la prière ; sinon, ou bien il est récusé, c’est-à-dire qu’on veut l’ignorer ; ou bien il entraîne un sentiment écrasant de culpabilité.

    Devant le crime, ce sont les deux issues habituelles : ou bien se voiler la face, et c’est le phénomène de l’endurcissement ; ou bien être accablé par la culpabilité, et c’est une attitude suicidaire, celle de Judas. Mais que ce soit refus de voir ou suicide devant le poids du mal, aucune de ces attitudes n’est supportable et aucune n’est chrétienne, aucune n’est du Christ. Quand le Christ dévoile la profondeur du péché, c’est pour le pardonner et le racheter.

    La conscience chrétienne, c’est-à-dire celle des disciples du Christ, doit être capable de voir, dans la prière, ce péché commis par des frères, des peuples dont on est solidaire à travers l’histoire. Ainsi seulement, la conscience chrétienne unie au Christ, Messie souffrant et caché, pourra porter un pareil crime en priant. On ne peut regarder les bourreaux que d’un seul lieu : sur la croix avec le Christ. Il n’y a aucun autre point de vue d’où l’on puisse les regarder. C’est ce que fait Marie qui est debout au pied de la croix. Sinon, on fait comme les apôtres : on s’en va, on fuit. Si l’on regarde les bourreaux avec un autre œil que celui de Jésus, on devient à son tour bourreau. C’est ce qu’ont fait les pagano-chrétiens qui ont préféré désigner un bourreau, les juifs, alors que l’Evangile nous dit clairement que ce sont les païens qui ont crucifié le Christ. [1] Les Pagano-chrétiens ont tué les juifs sous le prétexte que ceux-ci ont tué le Christ ; ce qui est blasphème manifeste, révélation claire que c’est l’esprit du monde et non pas l’esprit du Christ qui les animait. Ils agissent sous le pouvoir de Satan qui « depuis le commencement est homicide » (Jn 8, 44). Du coup, ils sont responsables de ce que le Messie soit méconnaissable et méconnu par les juifs comme par les païens.

    Le seul lieu où cela soit supportable, quand la grâce en est faite, est de demeurer avec le Christ dans l’attitude de Marie ou du disciple bien-aimé, qui entrent dans le secret du Messie et partagent sa Passion pour le pardon des péchés.

    Vingt siècles d’histoire en Occident éclairent tout cela d’un jour violent. Mais la substance de tout ce que je dis se trouve, presque littéralement, dans les écrits du Nouveau Testament, sans que l’on puisse dire que ces écrits prophétisent ou pronostiquent de pareils événements (ce serait tout à fait stupide de l’affirmer). Le mystère du Christ couvre d’avance, comme d’une nappe de lumière, toute l’histoire à venir. Certes nous ne pouvons pas utiliser l’Ecriture d’une façon matérielle, donc absurde, en voulant prendre tel mot pour désigner tel événement ; mais il est clair, en revanche, qu’elle désigne nettement ce temps qui est le nôtre jusqu’à l’achèvement du temps, puisque le mystère du Christ couvre d’avance la totalité de l’histoire.

    Quand Jésus dit à ses disciples, dans le discours apocalyptique (Mt 24, 9) : « Vous serez haïs de toutes les nations (les goïms), à cause de mon nom », il désigne bien la place des disciples aux côtés du Christ. Reste à comprendre, dans le Christ, pourquoi et comment. Selon quelle logique ? Mais c’est bien de ce mystère-là dont il est question aussi dans l’enseignement de Jésus sur ce temps-ci en opposition au siècle à venir ; sur ce « temps des nations » où les disciples connaîtront eux-mêmes la Passion de Jésus et recevront, pour la subir, la force de l’Esprit et déjà les prémisses de la Résurrection.

    Le point de vue du Christ : la compassion du disciple

    Pour faire face à ce double mystère –mystère des enfants massacrés, mystère de l’iniquité et du mensonge d’Hérode –, le disciple du Christ a comme grâce particulière et propre d’être du Christ, et donc de recevoir sa force, sa grâce, son Esprit et déjà sa vie ressuscitée, comme son espérance.

    Sinon, de même que, devant la révélation du péché, on ne pouvait que fuir ou bien le nier, de même, devant la vocation souffrante du Messie, on ne peut que la récuser ou fuir à nouveau. C’est ce que font les disciples et contemporains de Jésus.

    Ce n’est que dans la grâce du don de l’Esprit et la grâce du Messie et de sa Résurrection qu’un chemin d’espérance est possible. Il est ouvert par le partage de la vocation de Jésus lui-même.

    Cette vocation peut se réaliser dans une vocation de prière, et de prière dans l’Eglise. De prière à la fois pour Israël et pour les nations, dans la compassion du Christ.

    Quand Thomas dit [2] : « Je ne croirai que si je vois la place des clous », et que Jésus lui dit : « Mets ta main là, touche », Jésus l’invite, d’une certaine façon, à cette attitude de compassion avec lui. Le geste que le Ressuscité propose à Thomas est d’entrer dans la Passion du Christ pour prendre part à la passion d’Israël. Ce qui est subi comme un malheur incompréhensible devient, par la prière, une œuvre rédemptrice. Il ne s’agit pas de se mettre à la place des victimes, mais de devenir soi-même part du Christ. Il ne s’agit pas de s’apitoyer sur les enfants de Bethléem –ce qui serait un transfert purement sentimental pour se décharger d’une culpabilité –, mais d’entrer soi-même dans la Passion du Christ si l’on y est appelé. Et tout baptisé y est appelé, à sa mesure de grâce. Compassion ne signifie pas pitié, ou apitoiement, mais grâce que Dieu donne de prendre part à la Passion de son Fils, en acceptant dans la foi que Dieu, selon sa volonté, donne la forme de la Passion à notre vie, même si celle-ci se déroule dans le cadre d’une vie paisible.

    La vocation chrétienne, au sens le plus fondamental et le plus rigoureux du mot, trouve là une signification d’une force extrême : prendre part à la Passion du Christ qui porte la souffrance de son peuple et travaille à la rédemption du monde.

    Cette prière est une prière pour les païens, pour que le pardon du Christ leur soit donné, pour les païens qui peuvent porter le nom de chrétiens, mais qui, s’étant emparés du christianisme pour en faire leur religion, l’ont défiguré.

    Un père jésuite, missionnaire en Amérique latine, exprimait ainsi cette défiguration : « Ils ont pris notre Christ, ils en ont fait leur Dieu. » La puissance assimilatrice des civilisations et des peuples réduit la foi prêchée au contenu des religions archaïques. Il en a été de même en Israël avec les cultes cananéens. Le paganisme n’a jamais cessé d’être combattu par les prophètes, par les prêtres et les fidèles du Seigneur pour convertir le peuple. Le long chemin d’Israël pour s’écarter des religions païennes lui a permis de mesurer peu à peu comme une grâce ce que Dieu voulait lui faire découvrir, la sainteté à laquelle il est appelé pour le salut de tous.

    Cependant, le paganisme demeure jusqu’au bout une tentation, sous ses formes les plus archaïques comme les plus évoluées ; la puissance que l’homme se donne à lui-même est la plus subtile et la plus moderne.

    Le paganisme demeure une donnée à laquelle les disciples du Christ sont constamment affrontés.

    Tous les peuples païens n’ont pas fait le chemin d’Israël. L’eau du baptême n’a pas encore pénétré jusqu’à leur cœur. Leur conversion supposerait un chemin combien plus approfondi, un changement radical des mœurs, de la vie. Il ne suffit pas de poser une croix sur le mur d’un temple pour en faire une église, de peindre une croix sur un drapeau pour faire un empire chrétien.

    Prier pour les païens, pour que le pardon du Christ leur soit donné, c’est prier aussi pour demander le repentir. Pour qu’il y ait pardon, il faut qu’il y ait repentir. La première grâce du pardon, c’est de susciter la contrition dans le cœur de l’homme et donc la découverte du péché. Prier pour que le repentir survienne, pour que soit reconnu le péché, pour que Dieu pardonne, tout cela fait partie de la supplication de l’Eglise.

    Mais c’est un point de vue spécifiquement chrétien. Je le répète et j’insiste : ce point de vue n’est compréhensible et soutenable que face au Crucifié ou au Ressuscité qui montre ses plaies. Cela n’a de sens qu’à l’intérieur d’un acte de foi chrétien et ecclésial, et ne peut être dit en-dehors de lui. La grâce qui peut en découler pour l’Eglise est de découvrir, d’une façon beaucoup plus pleine, pure et forte, sa vocation propre et originale, et de la recevoir comme une grâce.

    L’Eglise, là où elle s’est pratiquement identifiée à un pagano-christianisme, voit celui-ci s’effondrer sous ses propres critiques et perd de vue sa propre identité chrétienne.

    La raison qui l’explique en partie est qu’elle s’est coupée de sa racine juive en faisant du Christ la forme de son propre paganisme, un dieu des païens. Mais en face d’elle, il y a Israël qui atteste Israël –et non pas le Christ. L’Eglise ne peut recevoir le Christ que si elle reconnaît Israël, car le Christ est le Messie d’Israël. L’Eglise doit attester le Christ aux yeux des païens comme aux yeux des juifs, mais elle ne peut l’attester qu’en participant de la condition du Christ, qui est crucifiée, cachée, mystérieuse. Et dans la mesure où elle voudrait rejeter d’elle-même Israël comme ennemi, c’est en fait son Christ qu’elle refuse.

    La position crucifiée et crucifiante de l’Eglise ne peut être vécue que dans l’espérance qui annonce, en ce temps-ci et en ce monde-ci, l’accomplissement déjà réalisé mais encore caché des promesses faites à Israël, enfoui jusqu’à ce que vienne le jour de la manifestation du Fils de l’homme dans sa gloire.

    Pour que la grâce donnée à Israël apparaisse comme la source du salut de tous, le Christ, Fils de Dieu, réunit dans sa grâce païens et juifs. Ainsi est manifestée la fidélité de Dieu. Il rassemble les disciples de son Fils, les frères du Christ, pour qu’ils aient la grâce de partager son destin et être, eux-aussi, à leur tour le sacrement de cette espérance.

    Le péché auquel ont succombé les pagano-chrétiens, que ce soit les hommes d’Eglise ou les princes ou les peuples, fut de s’emparer du Christ en le défigurant, puis de faire leur Dieu de cette défiguration. Ils ont ainsi conduit Israël persécuté à apparaître, malgré lui, comme une figure du Christ humilié. Leur méconnaissance d’Israël est le test de leur méconnaissance du Christ qu’ils prétendent servir.

     

     

    Notes

    [1]Cf. Matthieu 27, 26.27-31  ; Marc 15,15.16-20 ; Luc 23,24-25 ;Jean19,16.23.32-34.

    [2]Cf. Jean 20, 24-29.

     

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